LA VOIE DU SAMOURAÏ : " Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas." Lao-Tseu
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Salutation une fois, deux fois, trois fois …

Aujourd’hui, voyons ensemble les différentes formes de Salutation. Comme je l’ai mentionné dans l’article précédent, il est important de respecter une certaine étiquette pour être crédible dans notre rôle de Samouraï. Je vois d’ici les esprits rebelles, les sceptiques qui trouvent que j’exagère et que j’accorde trop d’importance aux rituels. Pourtant ce sont ces petits détails, ces rituels qui font tout le charme de la culture nippone. Vous êtes-vous déjà demandé d’où venait cette manie de faire des courbettes à tout bout de champ ?  Non ? Et bien moi , je me suis posée la question.

Nous, les occidentaux,  avons pour habitude de nous saluer en faisant de belles accolades, en nous prenant dans les bras l’un l’autre. On le fait plus particulièrement avec ses proches, même s’il nous est arrivé d’observer ce rituel entre des personnes du showbizness ou du milieu politique, une façon comme une autre de dire que l’on fait partie d’une même famille, d’un groupe, d’un clan. Une autre forme de salutation consiste à s’échanger une bonne poignée de main – chose curieuse et instructive, ce rituel date de l’époque des chevaliers. En effet,  le chevalier levait et tendait la main droite pour montrer à son interlocuteur que ses intentions étaient pacifiques, qu’il n’était pas là pour le pourfendre de son épée, il tendait alors sa main bien ouverte, montrant ainsi qu’il ne cachait pas une arme – Dans cette instant d’échange, notre cerveau analyse aussitôt  toutes sortes d’informations : à savoir si la main est chaude, froide, ferme, molle, sèche ou humide . Une poignée de main nous donne de précieuses  indications sur notre interlocuteur, on en tire une première impression qui sera soit positive, soit négative. Ce premier jugement sera soumis à une analyse plus fine, plus poussée au fur et à mesure qu’on apprendra à mieux connaître notre interlocuteur. Et comme vous le savez, il existe  aussi pour la salutation l’échange de bises sur la joue. Le nombre varie selon les coutumes locales. Personnellement, je n’en raffole pas. L’idée de frotter mon visage avec des inconnus à l’hygiène quelque peu douteuse (et je ne m’étendrai pas sur leur haleine) suscite en moi un rejet épidermique, des frissons d’horreur et de dégoût. Pouah ! Beurck ! Enfin bref, finissons-en avec les salutations occidentales pour nous pencher sur celles des japonais.

Nous avons vu ensemble dans mon tout premier article, une première façon de saluer avec le bokken en main. Je vous avais indiqué  que cette gestuelle précise et codifiée était nécessaire pour éviter des erreurs d’interprétation. La vie d’un Samouraï était considérée  comme éphémère aux vues des nombreuses batailles et guerres civiles. Cependant elle pouvait temporairement être prolongée en période de paix, à condition de respecter le protocole de non agression. Le Japon fut sous la domination militaire durant de nombreux siècles, il est donc tout naturel que ce protocole se soit fortement ancré dans la mentalité des générations successives. Enlevons momentanément le Katana des mains du Samouraï et vous retrouvez la Salutation moderne à ceci près : les hommes gardent leurs bras le long du corps et les femmes ont leurs mains  croisées devant elles à la hauteur du pubis lors de l’inclinaison du buste. L’angle de cette inclination est variable, il peut être de 15°, 30°, voir 45°. Plus haut est situé votre interlocuteur dans la hiérarchie, plus il vous faudra s’incliner. À statut égal, chacun s’inclinera respectueusement au même niveau. En cas de doute, n’hésitez pas à être obséquieux et y mettre tout votre cœur.

Le raffinement de la Salutation est poussé à son summum lorsqu’on se trouve en Seïza , c’est à dire assis de manière correct sur les genoux. D’où est venue cette coutume de s’assoir ainsi ? Il fallait répondre à une nécessité de sécurité. Toute personne qui a fait au moins un quart d’heure de Seïza comprendra ce qui suit. Des siècles de guerre civile, de massacre, de génocide de Clans et d’intrigues politiques ont conduit, à l’époque Édo, le Shogun Ieyasu Tokugawa à imposer le SEÏZA comme  assise obligatoire lors des réunions et des rencontres. Il savait que cette posture est très inconfortable, elle provoque des engourdissements et des crampes aux jambes. Il est techniquement difficile de se mettre rapidement debout et de dégainer son katana. J’ai bien dis difficile pas impossible, car bien sûr tout Samouraï qui se respecte ne se laisse pas abattre pour si peu. De nouvelles techniques de combat se développeront par la suite. Mais je m’égare, ce n’est pas encore le moment de nous plonger dans l’histoire du Japon. Pour être bref, la salutation consiste à s’incliner jusqu’au sol en posant les deux mains bien en évidence. Cette salutation se nomme ZAREÏ. Au Dojo, en début de cours, il est de coutume de saluer le Kamisa (un hôtel dédié au fondateur de la discipline), le Senseï, les différents  partenaires et son propre Katana. Une salutation s’impose aussi avant l’exercice au sol et pour marquer la fin du cours.

Quelque soit la posture que vous prenez, que ce soit la station debout ou assise, le plus important est votre regard, celui-ci doit toujours être dirigé vers le sol. C’est un impair, un affront de garder le regard vers votre interlocuteur lors de la salutation, vous lui envoyez les messages suivants: « Je ne te fais pas confiance », « je suis sur mes gardes », « je suis prêt à riposter », « je compte attaquer ».Ce serait dommageable de démarrer une relation tendue sur un simple malentendu. Autant les occidentaux apprécient le regard bien franc lorsque l’on échange une poignée de main, autant les japonais apprécient l’humilité et la courtoisie du regard qui s’efface.

Voilà pour cette description sommaire des différentes salutations que nous utiliserons lors de nos séances d’entrainements. Il n’y a rien de compliqué, ce rituel doit se mettre rapidement en place. Ne soyez pas avare ou économe, et ne considérez pas cela comme un signe de faiblesse, bien au contraire. Être capable de saluer un adversaire malgré les différents prouve notre force de caractère. Nous sommes des êtres vivant en société et il se produit parfois quelques frictions, des mésententes viennent perturber notre esprit. Il convient, pour le bien de tous, de respecter les différents protocoles de non agressions, c’est une question de bienséance, de politesse. Chacun d’entre nous a droit au respect.

Je ferai bientôt une description  plus détaillée sur la façon de se mettre en  SEÏZA, puis comment s’incliner pour être en position  ZAREÏ. Si tu persévères à exécuter les exercices, il y aura éventuellement un bonus, cela dépendra aussi de ta patience. Il est temps de se quitter, passe une excellente journée ! Salutation à toi, honorable Lecteur !

 

Nazira
 

"Qu'il vente, qu'il pleuve ou qu'il neige, l'apprenti Samouraï de son bokken devient maître. Dès les premières lueurs du jour jusqu'au crépuscule, il pratique la technique des maîtres. Quelles que soient la lassitude et les courbatures, ce jeune guerrier jamais ne cède à la facilité de se plaindre. Son unique objectif: "Devenir meilleur que la veille, bien avant que le jour ne s'éteigne."

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