LA VOIE DU SAMOURAÏ : " Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas." Lao-Tseu
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Mes premiers pas

Hum … Par où commencer ? L’idéal, il serait bon de vous décrire ma propre initiation. Je vais vous révéler mon parcours ; un beau jour de printemps, je décide d’avoir une activité physique. Ma petite voix intérieure désire que je trouve un établissement  proche de ma maison avec des horaires larges et la possibilité de pratiquer un entraînement sur plusieurs jours dans la semaine et si possible plusieurs fois par jour.

– « Mission impossible, je me dis, cela n’existe pas ». Et même, si cela exitait où débuter mes recherches ?

– « Commence par ouvrir les pages jaunes  » …

Bon, je feuillète sans trop y croire et je tombe sur un nom « École des deux sabres » et c’était à moins dix minutes de chez moi en voiture … Je téléphone et je demande s’ils acceptent les inscriptions en cours d’année et quels sont leur plage horaire dans la semaine. La réponse entendue était incroyable, ils avaient trois créneaux d’horaire: le matin de 10 h à midi, l’après-midi de 14h à 16h et en soirée de 18h à 20h, cela du lundi au vendredi. Il était possible de participer à toutes les séances si le cœur nous en dit. Bingo !

Je décide sur le champ de m’inscrire et on m’avertis qu’il faut d’abord passer un entretien avec le « Senseï « , je me mets aussitôt en route. J’entre dans l’établissement, ma première vision est une petite pièce qui contient un bureau sobre, sur les murs quelques affiches et des photos de posture de mon futur Senseï . À ma gauche, une ouverture qui mène à la salle d’entraînement; sur les différentes faces murales, on aperçoit accrochées des armes de toutes sortes, de grands miroirs et j’aperçois trois élèves qui s’entraînent au corps à corps. À ma droite, une autre ouverture, un rideau masque une petite pièce  qui se trouve, je l’apprendrai plus tard, être la salle de renforcement musculaire et dans un coin, le vestiaire.

Une personne était arrivée quelques minutes avant moi, elle aussi désire s’inscrire, je patiente. Pendant qu’elle bavarde avec un interlocuteur, je regarde de plus près les affiches aux murs et malgré moi, j’écoute la conversation, très rapidement, le ton monte et je comprends qu’elle ne sera pas acceptée, elle n’a pas utilisé le bon terme … « Non, je ne vous prends pas, on ne vient pas ici pour faire du sport…  » . Mince, le maître n’a pas l’air commode, je commence à désespérer  car moi aussi, je suis venue pour faire une activité physique, « faire du sport »… Je regarde nerveusement le mur à la recherche d’un indice, d’une réponse acceptable et le mot qui revient souvent est « un art », après quelques minutes d’échanges verbaux infructueux, la personne repart très agacée et déçue. C’est mon tour, le cœur palpitant j’entre dans l’arène…

– Bonjour, je m’appelle Nazira, je suis venue pour m’inscrire, mais avant pouvez-vous m’expliquer en quoi consiste votre art …

– Ah ! Bien ! Bravo, je te félicite ! Si tu m’avais dit que tu venais pour faire du sport, je t’aurais montré  directement la sortie…

Ouf ! Premier test passé, j’aurais tant voulu dire merci à la personne qui m’a précédée; sans elle, j’aurais lamentablement échoué. Pour quelques minutes prêts, pour un mot prêt, le destin, mon destin a pris une autre voie, ma routine habituelle n’était plus. Je comprendrais plus tard l’importance et le pourquoi de cette entretien. Je ne suis pas une adepte de la sémantique pourtant il est nécessaire de s’arrêter un instant sur le choix du mot « art« , du bon terme, le mot magique qui ouvre la porte vers un nouveau monde. Tant de personnes « intéressées »  ont défilé au dojo, ils sont venus là en touriste, pensant qu’il serait aisé d’apprendre, oui, je leur accorde, il est aisé d’apprendre à manier le Katana mais le plus important dans l’apprentissage, c’est la persévérance. Sans cette persévérance, sans cette recherche constante de s’améliorer, de progresser, de sentir dans chaque fibre de son corps le geste et l’attitude qui conduiront un jour à l’ instant de perfection (cette instant est symbolisé par la fleur du cerisier pour les japonais) et bien, si dès le départ, on n’a pas cette notion que la pratique est avant tout un art, que la régularité dans la recherche du même mouvement, nous permet  d’être un artiste. L’artiste de notre vie où la création est soi même, que l’on devient une œuvre d’art. Le pratiquant, l’élève, le disciple  passera à côté de l’essentiel et trouvera les gestes trop simples, trop répétitifs  et enfin de compte sans intérêt.

Sommairement le Senseï, mon maître d’armes, m’a expliqué que tous les matins, les séances étaient dédiées au maniement du katana pour les élèves confirmés,  je pouvais y être présente par contre je ne pouvais y participer au cours. Il fallait dans  un premier temps acquérir les bases et cela je le ferais  dans un coin éloigné, à l’abri du regard. Il n’y a pas à discuter, il faut passer là. L’après-midi et le soir, c’était dédié au Ninpo, là, on pouvait étudier le maniement de différentes armes tel le Tonfa, le Jô, le Bô, les nunchakku, le katana, etc, ainsi  que des techniques de corps à corps. Pour l’inscription, il me fallait un certificat médical et régler ma première cotisation mensuelle avec un supplément pour ma tenue et mon premier bokken. Les formalités administratives accomplies, j’ai enfin pu débuter mon entraînement la semaine suivante.

Mon équipement de base comporte une veste noire, un pantalon blanc en coton bien épais permettant de faire le grand écart si on le souhaite, une ceinture blanche et un bokken , mon précieux… Le premier jour et les suivants, j’ai appris à marcher en tenant mon bokken des deux mains. Et cela quelques que soit la plage horaire que je choisissais et même si je venais deux fois par jour. Je devais apprendre à marcher.

Je vous explique comment procéder:

 

A – La Salutation

1- On se tient bien droit, les deux bras le long du corps, la main gauche tient le bokken à la hauteur de la tsuba, pas sur la tsuka, c’est à dire en tenant à pleine main le côté « lame »; il est évident, on ne fait pas cela avec un véritable katana bien tranchant, le sabre au clair, n’est-ce pas !?  La lame, le « tranchant » du bokken doit être dirigé vers le haut; la tsuka pointe vers le haut et en avant tandis que la pointe est dirigée vers le bas et arrière. Les deux pieds sont bien à plat sur le sol, légèrement  écarté, dans le même alignement que les hanches.

2- On passe l’avant bras gauche devant l’abdomen, toujours en tenant le bokken, la pointe vers le bas et la garde vers le haut.

3 – On croise l’avant bras droit devant l’ensemble « bokken-main gauche » et on positionne la main droite à côté et en dessous de la main gauche.

4 – Le bras gauche revient se remettre le long du corps, le bras droit fait de même, cette fois en possession du bokken, la tsuka est dirigée vers le haut mais cette fois en arrière et la pointe toujours vers le bas mais en avant, avec le tranchant de la lame vers le ciel.

5 – On incline le buste de quelques degrés et on abaisse la tête.

Vous avez sûrement compris, ceci est la Salutation qui doit être effectuée en début d’exercice, et à toute personne que l’on croise. Dans cette position, il est techniquement impossible de dégainer son sabre, de sortir le katana de la Saïa, le fourreau, sans perdre un précieux temps qui nous coûterait la vie. Le protocole est stricte, il faut respecter l’étiquette. On montre ainsi qu’il y a aucune mauvaise intention, aucune agressivité. À une époque où la mort par le sabre était chose courante, il était nécessaire d’établir des règles de bonne conduite.

Une fois la Salutation faites, on revient à la première position en effectuant les mouvements inverses: bras droit en avant, ensuite main gauche reprend le bokken en croisant devant et sa place d’origine prêt de la tsuba (la garde), et on ramène les bras le long du corps.

B- La posture de garde:

1 – On fait avec la jambe droite un pas en avant, l’écart doit être au maximum de la longueur de votre pied, il est préférable qu’il soit moins, imaginez une ligne qui délimite la frontière, vos deux pieds se trouvent de chaque côté de cette frontière. Quant à la largeur, elle doit correspondre à celle de votre hanche ni plus ni moins, les jambes légèrement fléchies. La masse corporelle doit être répartie équitablement sur les deux jambes.

2 – De la main droite, on attrape le bokken qui a été rehaussé à la hauteur des hanches. Il faut placer la main sur le haut de la tsuka suffisamment proche de la garde sans plaquer contre la tsuba.

3 – On tire le bokken du fourreau imaginaire représenté par la main gauche et on le positionne devant soi à la hauteur du nombril. Si le mouvement est correctement effectué, le tranchant de la lame est vers le bas et la pointe en avant.

4 – La main gauche se positionne derrière la main droite avec un écart de deux à trois doigts. Les deux mains doivent parfaitement alignées, bien dans le prolongement du profile de la tsuka. Les mains ne doivent pas être collées l’une à l’autre, ni avoir un écart trop important, les poignets ne doivent pas être écartés  l’un de l’autre mais quasi alignés.

À partir de cette garde, on fait son premier pas.

C – Le premier pas .

1- Les jambes sont légèrement fléchies, pour faire simple, elles doivent rester toujours fléchies. On avance le pied droit de tel sorte qu’il glisse sur le sol sans pour autant le traîner et il va se placer à une longueur de pied.

2- Dans ce même temps, la jambe gauche soutenant tout le poids du corps  effectue une légère poussée.

3- Le pied gauche décolle du sol et glisse d’une longueur de pied.

Si le geste est correctement réalisé, on se retrouve dans la même posture qu’auparavant mais il y a eu un déplacement d’une longueur de pied.

Voila pour ce premier pas, il faut en effectuer des dizaines, des centaines et ceci tous les jours. Ce déplacement doit devenir pour vous naturel. Il doit être bien implémenter  avant de commencer à mettre en place notre premier mouvement de coupe avec le bokken. Soyez persévérant, effectuez au moins une quinzaine de minutes par jour pendant  une semaine. C’est le minimum. Chacun d’entre nous doit prendre au sérieux son apprentissage, se prendre en charge et être rapidement autonome. Savoir se déplacer est la base de tout, c’est la fondation. Dans un combat réel, un mauvais déplacement peut être fatale. Il existe d’autres types déplacements, je les détaillerai dans un prochain article.

Si tu as aimé l’article, dis le moi en postant un commentaire, toute remarque constructive sera la bienvenue, n’hésite  pas à me poser une question sur le sujet.

 

 

 

Nazira
 

"Qu'il vente, qu'il pleuve ou qu'il neige, l'apprenti Samouraï de son bokken devient maître. Dès les premières lueurs du jour jusqu'au crépuscule, il pratique la technique des maîtres. Quelles que soient la lassitude et les courbatures, ce jeune guerrier jamais ne cède à la facilité de se plaindre. Son unique objectif: "Devenir meilleur que la veille, bien avant que le jour ne s'éteigne."

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